Pourquoi ce site ?
Dans ce texte nous avons essayé de résumer brièvement nos positions ainsi que la manière dont il nous semble nécessaire de les poser. Tous les concepts utilisés ne peuvent malheureusement pas y être développés autant qu’ils le mériteraient. Dans certains cas, cela peut laisser le lecteur dans un certain flou, mais nous tenterons plutôt de préciser nos positions au fur et à mesure de nos articles.

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Nous avons décidé de créer ce site internet pour partager nos analyses sur la situation actuelle du monde, sur ce qui nous entoure, ce qui passe là où on vit, ainsi que sur ce que nous faisons au quotidien. Ces analyses ont essentiellement vocation à créer des échanges avec ceux qui, comme nous, ressentent le besoin de réfléchir sur ces sujets.

Même si, lorsque nous écrivons un texte, nous sommes persuadés d’avoir raison, nous ne détenons pas la vérité. Nous avons suffisamment de fois changé d’avis au cours de nos parcours pour savoir que peu de choses reste éternellement figé. Il nous semble donc important de garder ça en tête lorsqu’on échange avec des personnes aux points de vue différents. Pour autant, nous avons quelques idées assez arrêtées sur ce que nous voulons, ou plutôt sur ce que nous ne voulons plus.

Ce que nous voulons ?  

Nous nous définissons comme des partisans du communisme, dans le sens où nous espérons qu’advienne un mouvement qui sera à l’origine de l’abolition et du dépassement total du système économique capitaliste actuel ; C’est à dire de tout de ce qui le définit et de l’ensemble des catégories qu’il utilise.

Dépassement de la propriété privée, du salariat, du travail, de l’état, de la famille, de l’argent ou encore de la valeur. Dépassement de toutes les catégories qui sont au fondement de l’exploitation, comme la segmentation en classes sociales ou encore la division hommes/femmes. Enfin dépassement de tout ce qui sépare les êtres entre eux, les cloisonne et les atomise : ces catégories que sont les identités nécessaires à la survie dans la société actuelle où n’existent que des individus qui doivent présenter leurs personnalités aux autres comme s’ils vendaient un produit quelconque sur un marché.

Si nous ciblons tous ces rapports sociaux, ce n’est pas parce qu’idéologiquement ou moralement ils ne nous conviennent pas, mais parce qu’ils incarnent l’ensemble de ce que nous percevons quotidiennement comme limite insupportable dans la société actuelle où l’on vit.

Nous pensons que seule une révolution totale permettra de faire sauter cet étau. Une révolution économique, mais qui aura la particularité de remettre en question tous les aspects de la société. Nous ne savons pas comment cela se passera et n’avons pas d’idée préconçue sur comment elle devrait se dérouler. Les luttes et tentatives passées qui ont échoué nous offrent seulement des leçons sur ce qu’il faut éviter. Nous ne souhaitons pas que la révolution soit violente. Il est pourtant fortement probable qu’elle le soit et ce à un niveau difficilement imaginable pour nous aujourd’hui. Même si nous pensons que l’ensemble des êtres humains (voir des êtres plus largement) a intérêt à cette révolution, remettre en cause l’ensemble de ce qu’on est, de ce qu’on a et de ses relations sociales, ne peut être spontanément le fait de la plupart des gens et risque ainsi d’être à l’origine de conflictualités majeures.

Qui sommes-nous ?

Peu importe nos parcours, nos origines et les vies quotidiennes qui nous ont menés à cette conclusion, c’est ce que nous voulons qui nous réunit avant tout. Si nous nous sentons obligé de penser, de réfléchir, d’écrire voire parfois de tenter d’agir, c’est parce qu’il nous est impossible de ne rien faire. Nous savons à peu près ce que nous visons, mais le monde se moque de nos préférences et ce n’est pas notre activité de groupe, quelle que soit sa forme, qui changera ce fait. Notre activité « militante » n’a pas lieu parce qu’elle répond à un besoin social ou historique qu’il faudrait combler, elle a lieu parce que nous, nous en avons besoin. Besoin de nous réunir, de parler, d’échanger, d’écrire, de produire sur le sujet. Et si cela touche un certain nombre de personnes, c’est tant mieux.

Nous sommes donc pour que cette révolution ait lieu, pour autant nous ne pouvons pas nous dire « révolutionnaires ». En effet, nous pensons que les révolutionnaires ne peuvent exister que pendant la révolution. Et ce n’est pas la diffusion d’une pensée politique particulière qui la déclenchera.

Se dire pour « la révolution » lorsque cela n’a pas d’autres enjeux matériels que de se rattacher à une identité particulière et à une communauté militante n’a pas vraiment de rapport avec l’abolition du capitalisme. Nous aimons à penser que lorsque le jour viendra, nous serons du bon côté de la barricade. Mais nos actes quotidiens étant loin d’être seulement déterminés par notre idéologie, c’est tout sauf certain. L’Histoire est pavée de personnes s’affirmant révolutionnaires qui, le jour où des événements décisifs se déroulent, se dressent contre ce qui se passe sous leurs yeux, car elles considèrent alors que « ce n’est pas le moment » ou encore parce que la forme que prend ce mouvement réel ne correspond pas aux idées qu’elles se font du grand soir. Après coup, il est toujours temps de se dire qu’elles avaient raison, et peut être était-ce le cas, toujours est-il qu’elles n’ont pas été « révolutionnaires ». Et ça peut être compréhensible. En effet, même si elle est insupportable, la vie quotidienne sous le capitalisme ne se résume pas uniquement à de la souffrance. Tout le monde n’est pas nécessairement en capacité de « tout risquer », tout ce qu’il possède jusqu’à sa vie et celle de ces proches, au moment précis où l’Histoire l’exige (surtout que l’Histoire n’exige qu’a posteriori), quand bien même il est persuadé de la nécessité du communisme. L’Histoire est également pavée de personnes qui ne se disaient pas « révolutionnaires » et qui pourtant, en participant à ces événements, ont rapidement changé et agi comme tel. En conséquence, nous ne nous organisons pas pour guider ou même participer à des lendemains qui chantent, nous nous organisons seulement en fonction de ce qui fait sens pour nous aujourd’hui, de ce que nous avons envie de faire.

Qui la fera ?

Même si chacun a intérêt à long terme à ce changement radical, nous pensons que tout le monde n’est pas en capacité d’en être le moteur. Il est plus facile de tout risquer lorsque l’on n’a que ses chaînes à perdre. Nous restons donc persuadés que seuls ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre peuvent en déclencher le processus. Sur la planète, ces personnes sont des milliards, en France des dizaines de millions. Mais s’ils partagent un vécu commun, celui de l’exploitation, cela ne suffit plus à les unir.

Si jusque dans les années 1970, le simple fait d’être « travailleur » pouvait produire le sentiment d’une communauté de destin entre les personnes exploitées, ce sentiment a progressivement disparu. Avec les restructurations d’entreprise, les délocalisations se sont enchainées. La précarisation du travail et la pression à la productivité ont explosé. Alors que le travail était auparavant au centre de la vie sociale d’une grande majorité de personnes (ils y rencontraient leurs amis et leur conjoint, par exemple), cette réalité a progressivement disparu. Obligeant à passer d’une entreprise à l’autre et avec des cadences toujours plus élevées, les nouvelles conditions de travail ont gommé la centralité sociale de ce dernier. Pour autant, il a toujours été et continue d’être matériellement la centralité sous le capitalisme ; la différence étant que le sentiment d’identité qui semblait unir la majorité des travailleurs a lui, a priori disparu.

De plus, le développement de l’industrie du tertiaire, les recours à différents types de statuts (RSA, Interim, CDD, Autoentrepreneur) et les vitesses différentes d’applications de ces nouvelles conditions de travail selon les secteurs ont multiplié le sentiment de vivre des situations de travail segmentées. Le RSAistes se trouvant des intérêts contradictoires avec le travailleur de la CAF, le CDD opposé au fonctionnaire titulaire de la Poste et enfin l’ouvrier des raffineries se retrouvant en contradiction avec l’autoentrepreneur sous-traité à qui on demande de faire le même boulot. Cette segmentation n’est pas nouvelle : il y a en effet toujours eu des ouvriers et des contremaitres, ou des travailleurs précaires utilisés pour faire baisser les salaires ; mais elle s’est fortement accentuée depuis la fin des 30 Glorieuses en même temps que disparaissait l’ancienne identité ouvrière universelle. 

Le fait que le travail ne soit plus central a également permis à d’autres identités de prendre plus de place. Chacun (nous y compris) a maintenant le sentiment d’être un cas très singulier, issu d’un faisceau d’identités particulières. Pour autant, nous rentrons tous parfaitement dans les cases et segments préétablis de la société capitaliste.

Nous pensons que regretter avec nostalgie un passé fantasmé où existait un prolétariat uni ne sert à rien. D’une part, parce que ce n’est pas la société dans laquelle nous vivons, cette dernière étant déterminée par les rapports sociaux et économiques réels et non par ceux qu’on imagine ou voudrait. Vouloir lutter contre une manière de penser qui est en réalité le produit de l’organisation même du travail équivaut à se battre contre des moulins. D’autre part, parce que ce « prolétariat uni du passé » n’est pas parvenu à faire la révolution et rien n’indique que le prolétariat segmenté du futur n’y parviendra pas.

Que faire ?

Puisque nous en avons besoin, nous avons décidé de nous retrouver dans ce petit groupe pour penser et écrire sur tous ces sujets.

Nous sommes convaincus que les personnes ou les groupes qui se rassemblent, qu’ils se définissent politiques, révolutionnaires, communistes ou autre, ne peuvent être que le reflet de ce qui se passe au sein de la société. Le capitalisme ne s’arrête pas aux portes des organisations qui prétendent le combattre. Aucune idéologie particulière ne permet de s’en extirper. Leur composition, les relations sociales en leur sein et leur fonctionnement en sont directement le produit. Ils ne peuvent eux non plus échapper à la segmentation. En effet, les membres de ces groupes sont nécessairement issus de cette segmentation et présentent des intérêts, une sensibilité et un rapport différents aux luttes sociales selon d’où ils viennent.  Pourquoi ne pas l’assumer et accepter ce qu’elle implique au sein de nos groupes plutôt que de chercher d’hypothétiques unités ou convergences qui ne pouvaient avoir lieu que dans les périodes passées ?

Bien qu’elle puisse parfois s’en rapprocher à de nombreux égard, nous ne nous satisfaisons pas du fait que notre « activité » soit identique au travail qui rythme déjà nos existences. Les rapports de domination, de suivisme ou de concurrence, les rapports de force délétères et les injonctions à l’urgence permanente ou à choisir un camp qui vont souvent avec ne nous sont plus supportables. Pour nous, toute association ou organisation devra éviter de reproduire ces écueils.

Cela implique donc de tenter de réfléchir en permanence sur notre fonctionnement, sur les positions qu’on porte et sur la manière dont on peut les défendre. Enoncer de grands principes de fonctionnement ne suffit pas.  Il est pourtant nécessaire d’être clair sur le sujet. Nous voulons à tout prix éviter le sectarisme, c’est-à-dire la mise en avant politique de ce qui sépare pour servir l’existence d’une communauté trompeuse rassemblée face à un extérieur vu comme étranger et dangereux pour sa cohésion.

Nous savons que nous ne sommes pas réellement maitres de notre destin. Selon le cours des luttes sociales à venir et la dynamique générale, il sera possible ou non de maintenir ces principes vivants. La bonne volonté individuelle et collective ne suffit pas face au puissant cours quotidien si ce dernier n’est pas troublé par de réels moments de révolte collective. Dans tous les cas, ce petit groupe est amené à se dissoudre à plus ou moins long terme. En effet, soit les luttes sociales feront en sorte qu’il sera dépassé, et c’est tant mieux ; soit le temps et l’absence de lutte sociale le transformeront en groupe politique qui finira alors par aller contre ses principes premiers. Il faudra donc l’acter. Nous posons ce problème dès aujourd’hui, pour éviter à terme de maintenir artificiellement l’existence de ce groupe.

Comment ?

Notre positionnement peut être résumé en une phrase simple à énoncer mais difficile à appliquer : La fin ne justifie jamais les moyens. Que ce soit par rapport à notre activité quotidienne, notre participation aux luttes sociales dans lesquelles nous nous sentons concernés, voire même au déroulement du processus révolutionnaire si jamais nous le vivons un jour. Il nous semble que ce leitmotiv peut aider à éviter de se perdre sur un chemin qui mène à l’opposé de la société que nous souhaitons atteindre. L’Histoire est remplie de mesures temporaires et contraires aux buts déclarés, qui se sont avérées définitives. Tous les choix politiques en effet peuvent être excusés par des nécessités conjoncturelles. Des dérives sectaires ont été justifiées en promettant la communauté de tous dans le futur. Le maintien des hiérarchies a été justifié en promettant l’égalité pour le lendemain. Les mises en place d’Etats capitalistes autoritaires et autres programmes de transitions ont été justifiées en promettant la société communiste à venir. Dans tous ces cas, ce futur n’est jamais advenu. Par contre, ces moyens opposés aux fins initialement défendues ont perduré. Bien évidement nous ne pensons pas non plus que ce soient les choix de telle ou telle personnalité qui aient provoqué cette absence de changement. Les hommes font leur propre histoire, mais dans des conditions données, et peut-être que ces conditions n’auraient pas permis de faire émerger autre chose que ce qui s’est passé. Il n’empêche que de notre côté nous pensons qu’il est plus souhaitable d’accepter une défaite que d’aller à l’encontre de ses propres objectifs et principes en se voilant la face.

Ceci n’est pas un manifeste

Dans ce texte nous avons essayé de résumer brièvement nos positions ainsi que la manière dont il nous semble nécessaire de les poser. Tous les concepts utilisés ne peuvent malheureusement pas y être développés autant qu’ils le mériteraient. Dans certains cas, cela peut laisser le lecteur dans un certain flou, mais nous tenterons plutôt de préciser nos positions au fur et à mesure de nos articles.

Nous n’avons pas non plus d’idée préconçue sur comment notre activité devrait se dérouler. Seulement des envies, des besoins et nous espérons combler une partie de ces derniers à travers ce site.

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Citation

Tu ne pourrais pas désirer être née à une meilleure époque que celle-ci où on a tout perdu

— Simone Weil, Cahiers