Prévisions économiques (marxiennes) pour 2022
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Prévisions économiques (marxiennes) pour 2022

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Nous publions ici une traduction rapide d’un article de l’économiste marxiste Michael Roberts publié sur son blog « The Next Recession » le 1er janvier 2022 sous le titre : Forecast for 2022. Certaines analyses et prévisions de ce chercheur en économie dont nous avons déjà traduit plusieurs billets sur ce blog, font largement écho à ce que nous avons pu écrire lors de notre série Karl Marx à Wall Street tout en précisant le rôle et la place de la prévision dans l’économie marxiste.

Au début de chaque année, nous tentons de prévoir ce qui se passera dans l’économie mondiale pour l’année à venir. L’intérêt de faire des prévisions est souvent moqué, après tout, il y a trop de facteurs à prendre en compte pour que la prévision économique soit réellement proche des faits qui se déroulent par la suite. De plus, les prévisions économiques traditionnelles ont souvent été marquées par leur échec.  En particulier, elles n’ont que rarement pu prévoir l’effondrement de la production et des investissements, même un an à l’avance.  À notre avis, ces erreurs témoignent avant tout d’un engagement idéologique en faveur de la promotion du mode de production capitaliste.  Bien que les effondrements réguliers et récurrents de la production, de l’investissement et de l’emploi soient une caractéristique confirmée du capitalisme, ces effondrements ne sont jamais prévus par le courant dominant ou les agences officielles avant qu’ils ne se produisent.

Cela ne signifie pas que faire une prévision soit une perte de temps bien au contraire. Dans l’analyse scientifique, la théorie doit avoir un pouvoir prédictif et cela s’applique également à l’économie surtout si l’on souhaite la considérer comme une science et non seulement comme une apologie du capitalisme.  Ainsi, pour que la théorie des crises de Marx soit validée, elle doit avoir un certain pouvoir prédictif qui soit vérifié – à savoir que les effondrements de la production capitaliste se produisent à intervalles réguliers, principalement en raison de modifications dues au taux de profit sur le capital, impliquant d’importants mouvements dans la masse des profits au sein d’une économie capitaliste.

Néanmoins, les prédictions et les prévisions sont deux choses différentes. À partir de leurs modèles, les climatologues prédisent une hausse dangereuse des températures mondiales ; et les virologues prévoient également une augmentation des agents pathogènes mortels atteignant les humains dans une série de pandémies.  Mais il est beaucoup plus difficile de prévoir quand exactement ces prédictions deviendront réalité.  D’autre part, les climatologues ne sont pas encore capables de bien prévoir le temps qu’il fera dans un pays sur une année entière, mais leurs modèles sont maintenant assez précis pour prédire le temps qu’il fera dans les trois prochains jours. Il n’est donc pas si impossible de prévoir la production, les investissements, les prix et l’emploi un an à l’avance.

Bref, prenons le taureau par les cornes et faisons des prévisions pour 2022.  Les prévisions de l’année dernière étaient relativement faciles. Il était clair que toutes les grandes économies allaient se redresser après l’effondrement de 2020. J’avais écrit : « Les PIB réels vont croître, les taux de chômage vont commencer à baisser et les dépenses de consommation vont reprendre. »  Avec le déploiement des vaccins, les « économies du G7 devraient connaître une reprise significative d’ici le milieu de l’année ».  Mais j’avais également ajouté que « ce ne sera pas une reprise en V, ce qui aurait signifié un retour aux niveaux antérieurs de la production nationale, de l’emploi et de l’investissement.  À la fin de 2021, la plupart des grandes économies (à l’exception de la Chine) auront encore des niveaux de production inférieurs à ceux du début de 2020 ».  Ces prévisions se sont avérées confirmées.

Il y avait deux raisons principales pour lesquelles je m’attendais à ce que la reprise économique ne rétablisse pas la production mondiale au niveau de 2019 d’ici la fin de 2021.  Premièrement, la pandémie de COVID a laissé d’importantes « cicatrices » dans les principales économies en termes d’emplois, d’investissements et de productivité du travail, qui ne pourront jamais être effacées. Cela s’est traduit par une augmentation considérable de la dette, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, qui pèse sur les grandes économies, a l’instar des dommages permanents des « COVID longs » sur des millions de personnes.

Dettes globale Prévisions économiques (marxiennes) pour 2022

Cette « cicatrisation » s’est également manifestée par une chute de la rentabilité moyenne du capital dans les principales économies en 2020, qui a atteint un nouveau plancher, et dont le redressement en 2021 n’a pas suffi à rétablir la rentabilité au même niveau qu’en 2019.

taux de profit Prévisions économiques (marxiennes) pour 2022

Néanmoins, comme prévu, la croissance du PIB réel mondial en 2021 a probablement avoisiné les 5 %, après une chute sans précédent de 3,5 % lors de l’effondrement de 2020.  Selon le FMI, dans les économies capitalistes avancées, le PIB réel par personne a chuté de 4,9 % en 2020, mais a augmenté de 5,0 % en 2021.  Cela signifie que le PIB réel par personne dans ces économies était encore légèrement inférieur au niveau atteint fin 2019.  Deux années de cicatrisation donc.

La plupart des prévisions pour cette année, 2022, sont plus (ou moins) les mêmes qu’en 2021. L’économie mondiale devrait croître autour de 3,5-4,0% en termes réels – croissance donc, mais avec un ralentissement significatif par rapport à 2021.  De plus, les économies capitalistes avancées (ACE ci-dessous) devraient connaître une croissance inférieure à 4 % en 2022 et inférieure à 2,5 % en 2023.

2020202120222023
US-3.45.73.83.0
Europe-6.65.04.11.7
Japon-4.72.53.31.4
Économies capitalistes avancées-4.65.13.92.3
Chine2.25.03.33.2
Inde-7.17.58.54.3
Amérique latine-7.56.42.21.7
Economies Emergentes-2.15.24.03.2
Monde-3.35.13.92.8
Prévision de la croissance du PIB réel (%) par le Conference Board.

Il en va de même pour les économies dites émergentes (EME) du « Sud », dont la Chine et l’Inde.  La Chine est la seule grande économie à avoir évité un effondrement pendant l’année du COVID, en 2020.  Mais la croissance de la production chinoise en 2021 a été beaucoup plus faible qu’après la fin de la grande récession en 2009. Le Conference Board sous-estime sérieusement les taux de croissance de la Chine, mais même ainsi, en 2022, le PIB réel de la Chine ne dépassera probablement pas les 5 %.

Ces prévisions suggèrent que les phénomènes de consommation de rattrapage, facilités par les aides et subventions liées au COVID, les dépenses fiscales des gouvernements et les énormes injections de crédits des banques centrales, sont en train de s’estomper et le feront encore cette année.  En effet, comme nous le savons, les banques centrales prévoient maintenant de réduire progressivement leur création de crédit et même de relever les taux d’intérêt directeurs sur les emprunts.  La Banque d’Angleterre a déjà commencé à relever son taux directeur et la Fed américaine prévoit trois hausses dans la dernière partie de 2022.

Et toutes les prévisions positives pour cette année reposent sur l’idée que la nouvelle variante Omicron du COVID s’avérera de courte durée et peu dommageables pour la santé humaine, grâce aux vaccinations et aux nouveaux traitements médicaux.  C’est peut-être optimiste et même si Omicron ne perturbe pas les économies cette année, il n’y a aucune certitude qu’un autre variant, plus dévastateur, ne puisse pas apparaître.

Ensuite, il existe une troisième étape à venir, probablement en 2022.  Dans mes prévisions pour 2021, j’ai évoqué la possibilité qu’un krach financier puisse s’ensuivre, compte tenu de l’ampleur de la dette des entreprises et du grand nombre d’entreprises dites « zombies » qui ne réalisent même pas assez de bénéfices pour couvrir le service de leurs dettes (malgré des taux d’intérêt très bas). (Ndt Pour plus d’information sur le sujet, voir l’exemple d’IBM que nous avons détaillé dans notre série Karl Marx à Wall Street).

Dette zombie Prévisions économiques (marxiennes) pour 2022
Les dettes zombies: Les entreprises zombies sont assises sur un montant sans précédent de 1,4 trillions de dollars d’obligations.

Et cette prévision de risque ne concerne que les économies capitalistes avancées. Les économies dites émergentes sont déjà dans une situation désastreuse. Selon le FMI, près de la moitié des économies à faible revenu (EFR) sont désormais en danger de défaut de paiement de leur dette.  La dette des « marchés émergents » par rapport au PIB est passée de 40 à 60 % au cours de cette crise. Et il y a peu de marge de manœuvre pour augmenter les dépenses publiques afin d’atténuer le choc.

Les pays « en développement » sont dans une position beaucoup plus fragile que lors de la crise financière mondiale de 2008-09. En 2007, selon le FMI, 40 pays émergents et à revenu intermédiaire affichaient un excédent budgétaire combiné de l’administration centrale égal à 0,3 % du produit intérieur brut. L’année dernière, ils ont affiché un déficit budgétaire de 4,9 % du PIB.  Le déficit public des « marchés émergents » d’Asie est passé de 0,7 % du PIB en 2007 à 5,8 % en 2019 ; en Amérique latine, il est passé de 1,2 % du PIB à 4,9 % ; et les ME européens sont passés d’un excédent de 1,9 % du PIB à un déficit de 1 %. Le Conference Board prévoit une chute des deux tiers du taux de croissance du PIB réel de l’Amérique latine, qui passera de 6,4 % à 2,2 %, puis encore plus bas en 2023. C’est la recette d’une grave crise de la dette et de la monnaie dans ces pays en 2022 – déjà, l’Argentine se dirige vers un nouveau défaut de paiement sur sa dette.

Les gouvernements des économies émergentes vont devoir donc : soit appliquer une austérité budgétaire sévère qui prolongerait leur stagnation, soit de dévaluer leur monnaie pour tenter de relancer la croissance des exportations. Le gouvernement turc d’Erdogan a opté pour une politique de réduction et de non d’augmentation des taux d’intérêt, dans le plus pur style de la théorie monétaire moderne. Cela a entraîné une fuite des capitaux et une dépréciation de 40 % de la livre turque par rapport aux principales devises. L’inflation est montée en flèche. En 2022, l’économie turque risque fortement de plonger et une « stagflation » s’ensuivra.

La crise financière et de la dette n’a pas eu lieu en 2021. Au contraire, les marchés boursiers et obligataires mondiaux n’ont jamais été aussi bien lotis.  Le crédit financé par les banques centrales a inondé les actifs financiers comme s’il n’y avait pas de lendemain.  Il en a résulté une hausse vertigineuse des prix des actifs financiers (actions et obligations) et de l’immobilier.  Les banques centrales ont injecté 32 000 milliards de dollars dans les marchés financiers depuis le début de la pandémie de COVID-19, augmentant la capitalisation boursière mondiale de 60 000 milliards de dollars.  Et les entreprises du monde entier ont levé 12,1 trillions de dollars en vendant des actions et en contractant des prêts en conséquence.  L’indice boursier américain a augmenté de 17 % en 2021, répétant une hausse similaire en 2020.  L’indice S&P 500 a atteint un niveau record. L’indice Nikkei 225 a enregistré ses gains annuels les plus élevés depuis 1989.

Mais à l’aube de 2022, l’époque de l’argent facile et des prêts bon marché touche à sa fin.  L’énorme boom boursier de ces deux dernières années semble devoir s’essouffler. En effet, depuis avril 2021, cinq valeurs high-tech seulement – Apple, Microsoft, Nvidia, Tesla et Alphabet, la société mère de Google – ont représenté plus de la moitié de la hausse de l’indice S&P américain, tandis que 210 valeurs sont 10 % en dessous de leur plus haut niveau sur 52 semaines. Et un tiers des « prêts à effet de levier », une forme populaire de création de dettes, aux États-Unis ont un ratio dette/bénéfice supérieur à six, un niveau considéré comme dangereux pour la stabilité financière.

Cette année pourrait donc être celle d’un krach financier ou du moins d’une correction sévère des cours des actions et des obligations, à mesure que les taux d’intérêt augmentent, entraînant finalement une flopée de sociétés zombies vers la faillite. C’est ce que craignent les banques centrales. C’est pourquoi la plupart d’entre elles se montrent très prudentes quant à la fin de l’ère de l’argent facile. Et pourtant, elles sont poussées à le faire en raison de la forte hausse des taux d’inflation des prix des biens et des services dans de nombreuses grandes économies.

Taux d'inflation Prévisions économiques (marxiennes) pour 2022
Taux d’inflation annuel des biens et services de consommation aux États-Unis (%)

Ce pic d’inflation est notamment dû à la consommation de rattrapage des plus aisés qui épuisent l’épargne qu’ils ont accumulée durant les divers « confinements » et se heurtent à des « goulots d’étranglement » de l’offre. Ces goulots d’étranglement sont à la fois le résultat des restrictions imposées au transport international des marchandises et des composants, mais aussi des restrictions continues sur les matières premières et les composants pour la production – cela fait partie des conséquences de la crise du COVID de 2020, mais également du fait qu’une grande partie du monde souffre encore de la pandémie.

Le courant économique dominant est divisé sur la question de savoir si ce pic d’inflation est « transitoire » et si le taux d’inflation reviendra à des niveaux « normaux » ou non.  À mon avis, les taux d’inflation élevés actuels sont probablement « transitoires » car, en 2022, la croissance de la production, des investissements et de la productivité commencera probablement à retomber aux taux normaux de la « longue dépression ». Cela signifie que l’inflation diminuera également, tout en restant plus élevée qu’avant la pandémie.

Certains pensent que 2022 marquera en fait le début de nouveaux niveaux de croissance du PIB et de la productivité, comme ceux qu’ont connus les États-Unis au cours des « années folles » du siècle dernier, après la fin de l’épidémie de grippe espagnole. Au cours de ces années folles, le PIB réel américain a augmenté de 42 % et de 2,7 % par an et par habitant. Mais rien ne semble justifier l’affirmation de certains optimistes classiques selon laquelle le monde capitaliste avancé est sur le point de connaître des années 2020 rugissantes. La grande différence entre les années 1920 et les années 2020 est que l’effondrement de 1920-21 aux États-Unis et en Europe a éliminé le « bois mort » des entreprises inefficaces et non rentables, de sorte que les survivants plus forts ont pu bénéficier d’une plus grande part de marché. La rentabilité du capital avait alors fortement augmenté dans la plupart des économies. Rien de tel n’est prévu pour 2022 ou au-delà, comme le montrent les prévisions du Conference Board (ci-dessus), ou d’ailleurs celles du FMI (ci-dessous).

croissance annuelle Prévisions économiques (marxiennes) pour 2022
Taux de croissance annuel moyen du PIB réel

Les optimistes d’un nouveau long boom des années 2020 pour remplacer la longue dépression des années 2010, comme le Conference Board, fondent leur argument sur une relance de la productivité totale des facteurs (PTF). Cette mesure est censée rendre compte du rôle de l’efficacité et de l’innovation dans la croissance de la production. Le CB estime que la PTF mondiale augmentera de 0,4 % en moyenne par an au cours de la décennie, alors qu’elle était nulle au cours des 20 dernières années. Pourtant cette amélioration parait fable par rapport aux prévisions de ralentissement, voire de chute de l’emploi en âge de travailler ainsi que de la faible croissance des investissements en capital dans le monde. En effet, au troisième trimestre 2021, la croissance de la productivité aux États-Unis a connu sa plus forte chute en 60 ans, tandis que le taux annuel a chuté de 0,6 %, soit la plus forte baisse depuis 1993, l’emploi ayant augmenté plus rapidement que la production.

Un long boom ne serait possible, selon Marx, que s’il y avait une destruction importante des valeurs du capital lors d’un effondrement majeur. En nettoyant le processus d’accumulation des technologies obsolètes et du capital défaillant et non rentable, l’innovation des nouvelles entreprises pourrait alors prospérer. En effet, cette « destruction créatrice » permettrait d’obtenir un taux de rentabilité plus élevé. Mais il n’y a encore aucun signe d’une forte reprise de la rentabilité moyenne du capital. Il faudrait probablement une augmentation soutenue d’environ 30 % de la rentabilité pour que se produise un nouveau long boom comme celui des « années folles » ou de l' »âge d’or » de l’après-guerre, ou même celui, modeste, de la période néolibérale de la fin du XXe siècle.

Et ne vous attendez pas à une nouvelle aide fiscale et monétaire de la part des gouvernements. Étant donné le niveau élevé de la dette du secteur public, les gouvernements favorables aux entreprises cherchent partout à réduire les dépenses fiscales et les déficits budgétaires. En effet, les impôts sont appelés à augmenter et les dépenses publiques à être réduites. Selon le FMI, les dépenses des administrations publiques en 2022 diminueront de 8 % en pourcentage du PIB cette année par rapport à l’année dernière. Cette baisse est en partie due à une diminution des dépenses de soutien de la COVID et à une augmentation du PIB.

Mais si l’on regarde les projections de dépenses et de recettes du gouvernement américain, selon le Congressional Budget Office, les dépenses du gouvernement fédéral devraient diminuer de 7 % en moyenne jusqu’en 2026 par rapport aux niveaux de 2021, tandis que les recettes fiscales devraient augmenter de 25 %. Le déficit du budget fédéral américain sera réduit de moitié en 2022 et maintenu à un niveau bas les années suivantes. Aucune mesure de relance budgétaire de type keynésien n’est donc prévue, bien au contraire.

Les plans du président américain Biden visant à accroître les dépenses budgétaires ont été bloqués par le Congrès et n’auraient de toute façon eu qu’un faible impact sur l’activité économique. Le fonds de relance de l’UE pour les économies les plus faibles de la zone euro n’a même pas encore démarré et, là encore, il sera insuffisant pour soutenir une croissance économique plus rapide.

En conclusion, en supposant qu’il n’y ait pas de nouvelles catastrophes dues à la poursuite de la pandémie de COVID, l’économie mondiale connaîtra une croissance en 2022, mais loin d’être aussi rapide qu’en 2021, l’année de la consommation de rattrapage.  Et à la fin de cette année, la plupart des grandes économies auront commencé à retomber dans les tendances de faible croissance et de faible productivité de la longue dépression des années 2010, avec des perspectives de croissance encore plus lente pour le reste de la décennie.

Michael Roberts (Traduit par l’orage.org)

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Ecrit par
Ben.Malacki
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Citation

Tu ne pourrais pas désirer être née à une meilleure époque que celle-ci où on a tout perdu

— Simone Weil, Cahiers